Je fais de la montagne dans le Sarek en Laponie
Le 25-31 juillet 2003

Le Sarek est un parc national au nord du cercle polaire en Laponie en Suède. C'est un rêve pour à la fois les randonneurs et les alpinistes sans chemins et sans pistes. Considéré comme le dernier territoire vraiment sauvage en Europe par bien des gens, il est maintenant une partie du patrimoine mondial de l'humanité (Laponie). Je pense qu'il me rappelle bien des fois le parc national de Denali (la montagne de McKinley) en Alaska, où Surain et moi avons fait de la montagne en 1986.

Ces deux parcs sont sans chemins, et donc il faut qu'on s'oriente avec une carte et une boussolle. Les deux ont des torrents où il faut souvent patauger; et quelques uns viennent des glaciers et donc les rivières sont pleines de limon laiteux, et d'autres sont limpides. Dans les deux il y a beaucoup d'élans et d'ours bruns, mais tandis que les grizzlies frequents en Denali sont craints par beaucoup de randonneurs, les ours en Sarek sont beaucoup plus rares et moins dangereux et rarement vus. La région de Denali est complètement differente des montagnes du Sarek avec des montagnes beaucoup plus hautes et des glaciers beaucoup plus grands. La région de Sarek, de l'autre côté, est située beaucoup plus au nord et donc la formation des glaciers se fait à une altitude beaucoup plus basse - il y en a plus de 200 à une altitude de plus de 1800 mètres. C'est peut-être la raison pour laquelle j'ai vu plus de rivières où il fallait patauger en Sarek. Étrangement, l'environnement dans le Denali semblait plus doux avec plus des espaces de prairies qui entourent les glaciers. Au Sarek il y a beaucoup de rochers en route, beaucoup de marécages, beaucoup d'arbres et de buissons qu'il fallait pénétrer.

Et, en plus, il y a les ponts sans chemins en Sarek. Plusieurs rivières sont impossibles à traverser (même en pataugant) à n'importe quelle saison. Ces ponts ont étés construits afin de ne pas couper le parc en lopins pour les randonneurs. Ces ponts m'ont toujours fasciné. Imaginez de vous orienter avec une carte et une boussolle vers un pont, auquel aucun chemin ne mène!

Ma décision pour cette marche à pied avait été rapide. J'avais commencé à me sentir un peu inactif dans la maison de vacances très comfortable de ma famille avec un soleil magnifique. Une semaine et demie plus tard j'ai donc acheté une carte, une boussolle et un peu de nourriture et je suis parti. Pendant ce temps les nuits brilliantes en été avaient lentement commencé à disparaître à Stockholm, mais dans le Sarek il fait jour toute la nuit et on n'a pas besoin d'une lampe de poche.

Le premier soir: Après une voyage en train de 17 heures de Stockholm, et ensuite 2 heures en bus, j'étais prêt de commencer à faire de la montagne à 6:15 heures le soir. Il faisait chaud et du soleil et j'ai marché plus de 3 heures pour dépasser la forêt autour de Stora Sjöfallet ("La grande cascade") et monter au-dessus de la limite des arbres). Comme toutes les autres rivières torrentielles sauf une en Suède, cette cascade est maintenant utilisée comme réservoir pour générer de la puissance électrique avec un barrage. Les moustiques étaient féroces et tourbillonnaient autour de moi tout le temps. Mais malgré qu'ils m'aient sûrement piqué trois cents fois ou plus, quand je m'en suis souvenu quelques jours plus tard, je me suis rendu compte qu'ils ne m'avaient pas démangé. Est-ce que j'étais en train de devenir immunisé contre les piqures de moustiques? Ça serait fantastique! Je montais encore à pic, beaucoup plus haut que je m'étais attendu. À 650 mètres au-dessus de Stora Sjöfallet j'étais trop fatigué pour continuer. Où pourrais-je établir ma tente? Il ne se trouvait aucun terrain plat. Mais en regardant autour de moi, j'ai découvert un endroit miniscule pour ma tente avec une pente pas trop grande.

Jour 1: Il faisait encore incroyablement beau! Les moustiques avaient tous disparus et je suis monté un peu plus et j'ai gagné un petit plateau. Je pouvais maintenant voir l'erreur que j'avais fait la veille où j'avais seulement continué pour échapper aux insectes et cru que je déjà connaissais parfaitement la carte. À 150 mètres au-dessous de moi, je voyais maintenant les lacs, où j'avais projeté de camper hier. Bon, au moins, je profitais d'une vue magnifique!! Il y avait quelques autres tentes aux lacs. Je n'ai vue aucun autre signe de vie humaine pendant le reste de la journée. Je suis descendu jusqu'aux lacs et alors je suis monté au col de l'autre côté.

J'avais décidé que mon premier but serait une montagne facile à escalader, Låddebakte, avec une vue incroyable - une marche à plusieurs jours d'ici. Hier j'avais été uniquement dans les prairies, mais quand je montais des lacs, ça a bientôt changé en rochers - pas aussi comfortable! Il y en avait partout. C'était surtout difficile au col, que j'ai bientôt franchi. Après un lac situé haut avec une vue superbe et plusieurs petits cols, j'ai descendu un ravin. Il me faudrait traverser le torrent à un point ou autre, et j'ai voulu le faire là pour éviter un gué plus bas. Le torrent émergeait d'un mur de neige abrupt et se précipitait sur la pente. J'ai réussi à le franchir sans être mouillé, en m'appuyant seulement sur mes deux bâtons et en traversant prudemment trois confluents du torrent, l'un après l'autre.

La neige me paraissait de mauvais augure droit au-dessus de moi, et donc je ne suis pas resté là. Plus bas le mur de neige sur lequel je marchais est devenu trop raide pour mon goût. Mais jusque là il était facile de monter du ravin à droite. De l'autre côté j'ai trouvé une belle prairie. Une vue spectaculaire et un camping formidable!

Jour 2: Je descendais et descendais et alors j'arrivais à un des ponts, un des ponts sans sentiers qui y mènent. Non, je ne voulais PAS patauger sur cette rivière! Et après je montais à un col de l'autre côté. Le terrain était beaucoup plus agréable aujourd'hui que hier, et je voyais pluseurs tentes et randonneurs. Du haut du col je voyais un lac de l'autre côté que j'avais présumé et - suivant ma mémoire de la carte - je tournais à gauche et commençais à decendre. Mais j'ai quand même vérifié la carte cinq minutes plus tard. Oh la la! Un tour de quatre-vingt-dix degrés m'a donné à la bonne direction.

Je suivais pluseurs lacs le long d'une vallée. Et je rencontrais mon premier gué. J'ai ôté mes bottes ("av med vandrarskorna") chaudes, mis mes sandales et apprécié l'eau glacée pendant une demi minute. Des nuages commençaient à apparaître et le temps semblait menaçant. Bien qu'il n'existe pas de sentiers officiels en Sarek, suffisamment de randonneurs ont commencé à marcher le long de la vallée de Rapa pour créer (et ont donc créé) une route informelle. Je cherchais cette route et la trouvais un peu plus tard - elle est marquée sur la carte - et je la suivais vers mon but, la montagne Låddebakte.

En effet, j'étais allé au Sarek pour trouver un lieu où il n'existe pas de sentiers, où on ne suit pas de route. Mais à cet endroit, la carte indiquait que la route informelle suivait une paroi rocheuse incoyablement raide et il me semblait que je ne pourais la passer autrement. Il commençait à pleuvoir et bientôt il plut à verse. Peu à peu le versant de la montagne devenait de plus en plus abrupt. "La route" se transformait en grands rochers qui penchaient de la face alarmante, tous très raides, mélangés avec du sable et du gravier. Plusieurs fois il me fallait utiliser mes mains et même dans ce cas c'était difficile! Bien sûr la déluge n'aidait pas.

Je crois que celui-ci est le pire sentier que j'aie jamais suivi. Le seul qui soit comparable est une piste de la jungle en Halong Bay au Vîet-nam, où Surain et moi avons fait de la montagne en 2000. Mais finalement, beaucoup plus tard, je suis arrivé sur un plateau juste en dessous du Låddebakte. Il s'était arrêté de pleuvoir et j'ai fait quelques pas sur le côté pour mieux admirer le panorama. Au-dessous je pouvais me laisser éblouir par le fameux Rapaädno (la rivière Rapa en lapon) et au-dessus par les montagnes et les glaciers. Il y avait un ruisseau tout près, j'ai donc décidé de monter la tente sur place au lieu de continuer justqu'au lac un peu plus loin - j'aime les camps avec une vue magnifique!

Jour 3: Le matin était nuageux et donc on ne voyait pas le sommet des montagnes. Un randonneur qui longeait le sentier m'avait dit qu'une haute pression était prévue pour le lendemain. Mais moi, j'ai décidé qu'elle arriverait en avance et enleverait tous les nuages. Donc j'ai laissé la tente sur place et j'ai commencé à escalader la montagne Låddebakte. Il m'a fallu traverser le torrent venant du lac juste au-dessus de moi. Mais ça n'était pas un problème car je me suis aidé fortement de mes deux bâtons de randonneur. Pendant que j'ai traversé, je me suis aperçu que l'eau serait peut-être plus haute plus tard en revenant. Un problème plus tard.

Je montais assez à-pic sur les rochers, mais ce n'était pas trop difficile - sans aucun doute plus facil que sur le sentier d'hier! La vue devenait de plus en plus belle et de loin au-dessous de moi je voyais le lac près de ma tente. Et alors j'ai été envahi par les nuages. Mais je n'étais pas trop loin d'un sommet. Malheureusement là-bas il y avait seulement du brouillard à regarder. Par instants il se déchirait et je pouvais voir Rapaädno en bas.

J'étais assez sûr de ne pas encore être arrivé au vrai sommet, mais il y avait trop de brouillard pour le verifier. Et donc j'ai marché encore un peu pour en être tout à fait sûr. Malgré que le vrai sommet était seuelement un peu plus haut, j'ai trouvé inutile de monter dans un brouillard encore plus épais. Et j'ai donc commencé à descendre et je suis bientôt arrivé en-dessous des nuages. Le torrent que j'allais franchir avait monté un peu, mais après un moment j'ai trouvé un endroit où je pouvais le traverser sans me mouiller.

Il était maintenant midi et j'ai pensé continuer. Mais à cet endroit se trouvait probablement le plus beau panorama de toute cette randonnée, et j'ai alors décidé de me reposer l'après-midi en esperant un meilleur temps le lendemain.

J'ai été vraiement content de cette décision. Le vent avait déjàs soufflé au sommet de la montagne, mais maintenant il descendait en sifflant vers moi. J'avais mis ma tente à un endroit extrèmemente exposé. Il me semblait que Le Dieu Du Vent voulait me punir? La tente avait resisté à beaucoup de vent avant, mais jamais comme ça! La pluie commencait à tomber, de plus en plus fort. Lorsque le double toît se mettait à claquer violemment, l'interieur de la tente n'était plus´protegé et un peu d'eau entrait. Je commençais à essuyer avec ma serviette. J'ai dû l'essorer ensuite plusieurs fois.

Le vent augmentait encore. La tente lui resisterait-t-elle? C'était la première fois que je m'inquietais vraiement. Que se passerait si la tente tombait? Mon sac de couchage resterait-il sec dans une tente effondrée? Probablement pas. Pourrais-je déplacer la tente à un endroit moin exposé? Une des armatures se tordait et se tordait, et je l'ai retenu avec la main pendant les coups de vent les plus forts. Je n'étais pas sûr que ce soit nécessaire, mais je ne voulais pas prendre de risques. L'autre armature s'est détachée, mais j'ai réussi à la fixer provisoirement. Deux randonneurs sont passés pour voir si tout allait bien, mais je leur ai dit qu'il n'y avait pas de problème. Ils allaient descendre le sentier terrible. Je leur ai dit qu'il était très difficile, mais j'ai bientôt regretté de ne pas leur avoir dit: N'y allez pas dans ces conditions!

A six heures le soir le vent et la pluie tous les deux se sont arrêtés et c'est devenu complètement silencieux. Je suis sorti. C'était facile de fixer l'armature de la tente branlante - je ne l'avais evidemment pas bien attachée. Et alors j'ai aussi deplacé un peu le poteau tenant l'armature qui s'était toute tourdue. J'aurais pu l'enfoncer mieux!

Il s'avérait que c'était un bref moment de répit. Une demie heure plus tard le vent et la pluie sont revenus (tous les deux). Le vent avait tourné spectaculairement du sud ouest au nord. Je pensais que c'était un bon signe car à Stockholm ce changement de direction est toujours positif. Bien qu'il soit encore très fort, il s'était un peu calmé, la tente n'avait plus de problème et seulement peu d'eau y entrait. Mais la pluie me cinglait si fort maitenant, encore plus qu'avant! Quelques heures plus tard elle s'est finalement arrêtée et j'ai pu me coucher. J'ai entendu plus de pluie pendant la nuit.

Jour 4: Quel jour ensoleillé merveilleux! Les couleurs étaient tellement plus fortes et le temps paraissait tellement plus agréable aujourd'hui. Le sentier longeait le premier lac, et ensuite un plus petit lac avant de descendre jusqu'à la vallée de Rapa. Puis il entrait dans la forêt se dirigeant au sud est et finalement sortait du Sarek et rejoignait le Kungsleden (La piste du roi), un sentier souvent parcouru par les randonneurs.

Une personne que j'avais rencontrée m'avait suggeré de ne pas descendre à la rivière, mais à la place de rester en haut et de la suivre d'au-dessus. Je me suis rendu compte que je n'avais pas demandé pourquoi, mais en tout cas j'ai décidé de suivre son avis.

Le sentier disparaissait vite au dessous de moi, vers la forêt en bas. Comme j'allais le découvrir plus tard, il continuait sans aucune vue jusqu'à ce qu'il suive beaucoup plus tard et plus bas le bord de la rivière. Parfait pour les amateurs de fleurs mais pas parfait pour ceux de paysage comme moi. Mon itinéraire suivait la montagne sans grands changements d'altitude, mais elle tombait à droite à pic et j'utilisais mes bâtons pour mieux me supporter si je glissais. J'étais haut au-dessus de la vallée de Rapa et j'aimais vraiment la vue - spécialement du fameux Rapaselet. Parfois - et souvent - je marchais sur des herbes, des lichens ou des petites plantes (comme les "hjortron"!) et la progression était assez facile. D'autres fois il fallait me frayer mon chemin à travers de grands buissons et même des arbustes, et c'était beaucoup plus dur.

Et tous les ravins - il y en avait tellement! Ils étaient souvent couverts d'arbres noueux, difficiles à pénétrer. Et souvent ils étaient trop escarpés et me forçaient à faire un détour. J'ai découvert que j'avais lentement monté pour essayer de les éviter. Dans un ravin particulièrement grand il y avait un torrent avec un gué que j'ai dû traverser, c'était mon deuxième!

Je continuais à marcher pendant quelques heures. Alors j'ai commencé à trébucher et je suis tombé quelquefois. Evidemment je commencais à être très fatigué. Voilà un très mauvais lieu si je tombais fort. J'étais seul et loin du sentier. Comme il était dans la forêt, personne ne me verrait en tout cas. Donc j'ai entamé la descente sur une prairie très escarpée et en suite sur des rochers jusqu'à la forêt. Il est plus facile de dégringoler les rochers que les buissons épais (l'autre alternative). Avant que je sois envahi par la forêt, j'ai bien consulté ma boussole.

La lutte a commencé! Des arbres, des branches tombées, des buissons épais, des arbrisseaux, etc. La progression n'était vraiment pas facile quelquefois. Sur la carte il était indiqué que le sentier passait près de Rapaädno, je m'y suis donc dirigé dans cette direction et enfin je l'ai trouvé. Quelle difference de marcher sur un vrai sentier! Il me semblait que j'étais entré sur une autoroute d'un mauvais chemin de gravier. La plupart des suédois utilisent des bottes de pluie spécialement renforcées, et sur les marécages il est facile de comprendre pourquoi, parce qu'il y en a tellement. J'étais très content avec mes vraies chaussures de montagne sur les fortes pentes avant, mais là c'était complètement different dans les marécages.

Dans les marécages il y a généralement plusieurs petites touffes d'herbe étendues, et donc il est possible de faire de grandes enjambées - parfois très grandes! Normalement on peut placer son pied et tout son poids là, parce qu'elles s'affaissent lentement et on peut rapidement se déplacer jusqu'à la prochaine. Parfois on arrive à des endroits plus ouverts et sans brousailles ... quand même, je ne crois pas que j'étais complètement trempé après!

J'ai parlé avec un couple des gués des rivieres. Ils disaient que j'arriverais bientôt au prochain gué. En Alaska et au Sarek, on recommande de ne pas essayer la traversée d'un torrent quand l'eau monte au-dessus du genou. De plus, on doit toujours utiliser au moins un baton quand on traverse et on doit s'incliner vers le torrent et marcher lentement contre le flux du torrent pour passer de l'autre côté. Le sac-à-dos ne doit pas être attaché fortement, ainsi on peut s'en débarrasser si on tombe. Finalement, on doit toujours marcher en sandales, parce qu'on ne peut pas sentir les rochers escarpés dans l'eau glaciale.

Ils pensaient qu'il était trop difficile de traverser le gué devant le sentier. A la place ils étaient allés jusqu'à l'embouchure du torrent et avaient traversé là. Ensuite j'ai entendu et j'ai vu le troisième gué avec l'eau laiteuse du glacier. Tout de suite j'ai compris que je ne voulais pas traverser là! Ici très près du torrent les buissons étaient très hauts et épais et difficiles à pénétrer. Je me sentais comme Tarzan quand je me frayais un chemin en aval à côté du torrent. Ensuite le sol est devenu de plus en plus humide et j'ai mis mes sandales. Je suis de nouveau arrivé au torrent, mais il était beaucoup plus étroit. Il avait dû se diviser en plusieurs bras. Est-que je pouvais traverser? J'ai plongé mon bâton dans l'eau, non, jamais dans la vie! Le bâton a presque disparu et le torrent était encore très rapide. Devant moi coulait lentement une rivière à l'eau sableuse. Evidemment elle venait d'un des lacs et rejoignait le grand torrent ici, et il me faudrait le traverser pour continuer. L'eau montait jusque ma taille!

Que faire? J'ai reculé un peu le long du torrent boueux. Il n'était pas très large, mais difficile à voir en entier, parce que les branches se penchaient vers l'eau. Elles étaient très grandes et difficile a franchir. J'ai quand même trouvé un endroit un peu plus étroit et je suis arrivé à passer - sans mettre les pieds dans l'eau profonde. Je me suis cramponné à mes deux bâtons et aux branches.

Je pouvais déjà entendre les rapides du 2ième bras du torrent. Il me paraissait plus large et difficile à traverser. Je ne voulais pas renoncer et retourner en arrière sur l'autre bras. Il n'était pas possible de continuer en amont, parce que pas loin on voyait la bifurcation entre les deux bras. Le 3ième bras n'était pas loin non plus. J'ai lutté contre les branches - pas facile! Il y avait quelques pierres au milieu de la bifurcation des differents cours d'eau, et - avec les bâtons en sautant sur les pierres - j'y suis arrivé. Finalement, j'aie pu traversé également le 3ième bras, vers les buissons. Oh la la! C'était le gué le plus difficile que j'ai jamais traversé et ce n'était pas fini. Les bâtons - qu'est que je ferais sans eux? - me guidaient à travers le 4ième bras. Maintenant il ne me restait que le 5ième, le plus grand, me je n'allais pas laisser tomber. Enfin j'ai trouvé un endroit où j'ai pu faire une enjambée gigantesque, en tenant les bâtons et les branches. Quand même, ça n'a pas été gratuit - j'ai vu ma sandale droite disparaître dans l'eau.

Il ne restait plus qu'une demie heure pour arriver au quatrième gué, où les eaux du glacier formaient un torrent boueux. Il se divisait en deux bras exactement là. J'ai ôté mes bottes et mis ma seule sandale. J'ai choisi de traverser juste après la séparation, car il y avait beaucoup moins d'eau dans chaque bras.. J'ai franchi le premier bras sans grande difficulté, mais j'ai trouvé le 2ième impossible. Tout à coup j'ai perdu ma deuxième sandale en essayant. Alors j'ai retraversé le premier. Il était trois heures et demi maintenant, et donc je me suis décidé à attendre le lendemain et j'ai monté la tente. Les torrents sont normalement plus hauts les après-midi, quand la fonte de neige augmente. Pendent la nuit l'air se rafraichit et la fonte diminue et donc les torrents sont plus bas. Il y avait des petits campings des deux côtés du torrent.

Trois hommes sont arrivés environ une demie-heure plus tard et ils ont mis leurs sandales. Ils ont traversé au-dessus de la division du torrent - et j'ai alors compris mon erreur. Le torrent contient plus d'eau ici (les deux bras ensemble), mais il est aussi beaucoup plus large. Donc il y a moins de pression et il coule moins rapidement - mais quand même très vite! L'eau montait bien au-dessus des genoux quand le premier homme a traversé. Au milieu le torrent était plus profond, et le short pourtant très court du randonneur était complètement trempé. Heureusement ce n'était pas moi! Le deuxième homme et après le troisième ont traversé un peu plus haut et le niveau du torrent est resté un peu au-dessus de leurs genoux tout le temps. Ça me ne parraissait très dangereux, j'ai pensé, mais n'ai pas voulu traversé seul. Quand même, j'avais déjà monté la tente.

Jour 5: Le torrent s'était calmé notablement et je l'ai traversé sans grands problèmes - pieds nus - et l'eau m'arrivait un peu plus haut que les genoux. J'ai suivi le sentier, mais je me suis rendu compte qu'il n'était pas toute à fait la même qualité que hier. Quelques fois il me semblait qu'il disparaissait, mais je suis arrivé à le retrouver. Tout à coup je me suis trouvé devant le 5ième gué, encore un torrent boueux, violent et rapid, que j'ai franchi sans grands difficultés. Je suivais un long sentier, qui lentement s'est détérioré. Soudain je n'ai pas pu le trouver. J'ai regardé la boussole la première fois après le départ ce matin. Saisi d'horreur, j'ai découvert que j'avais marché vers le nord-nord-est, à la place de la bonne direction, vers le sud-sud-est. J'avais simplement fait confiance au sentier, mais j'ai constaté que cela n'avait pas été une bonne idée. Evidemment il y avait plusieurs sentiers quand je suis parti le matin et j'avais simplement pris le mauvais. Je sais que j'aurais du vérifier la boussole, mais ça n'a pas semblé nécessaire ...

J'ai donc pris ma boussole et je me suis relancé dans la fôret. Je n'avais pas marché très longtemps quand j'ai vu une petite montagne à gauche. C'est plus facile à suivre une montagne comme cela que d'essayer de pénétrer dans la fôret, et alors j'ai suivi cette direction. En escaladant la montagne j'ai heureusement trouvé un sentier dans la bonne direction, et je l'ai suivi. Il était rapide et facile au début, mais un peu plus tard il m'a semblé disparaître.

Mais où est-ce que je me trouvais? J'étais monté suffisamment haut, encore une fois, pour pouvoir regarder la belle vue de Rapaädno. Sur la carte il y avait deux petites montagnes dans la direction où je devrais me trouver, et j'ai espéré et pensé que j'étais sur la première montagne. J'ai examiné attentivement la vue que j'avais maintenant, encore une fois, et encore une troisième fois – mais je ne pouvais que constater que je me trouvais sur une troisième, plus grande montagne et loin d'où je voulais. Oui, j'avais une vue fantastique sur Rapaädno et d'un angle parfait, que je n'aurais pas trouveré du sentier normal (mais je n'arrivais pas à me dire que ça valait la peine, n'est pas?). Låddebakte est la deuxième montagne à droite sur la photo.

J'ai suivi la montagne dans "ma" direction et j'étais content quand j'ai découvert un sentier sous mes pieds. Il était rapide et je me déplaçais beaucoup plus vite. Bientôt j'ai descendu [vers la forêt] sans m'inquiéter beacoup que le chemin allait trop vers l'ouest. D'un seul coup il s'est arrêté devant un gué au-dessus d'un torrent boueux. J'ai réfléchi un moment et décidé que ça devait être le même torrent que j'avais traversé le matin, le 5ième gué. J'ai aussi compris que, même si j'avais marché pas mal ce matin, je n'avais pas avancé beaucoup vers mon but. J'avais seulement parcouru la distance entre les deux torrents et j'étais un peu plus en amont que je devais.

Je n'ai pas voulu retraverser le 5ième gué (car ça m'aurait obligé à le retraverser une 3ième fois plus tard). Il m'a donc fallu abandonner le bon sentier et recommencer la lutte contre les broussailles, en suivant la boussole. Après un moment je suis arrivé à un long marécage. Il était surement marqué sur la carte? Oui, je l'ai trouvé, et le bon sentier était aussi marqué a droite du marécage. A mon grand soulagement j'ai aussi trouvé le sentier là-ba induqué quelques minutes plus tard. Maintenant la route était encore beaucoup plus rapide – jusqu'à le 6ième gué apparaisse. L'eau était claire et coulait lentement – pas très difficile de franchir ce gué, même si l'eau montait bien [?que?] la moitié au-dessus des genoux. Je me suis aussi rendu compte que le sentier était plus large (maintenant) et il y avait des bonnes palissades de planches sur les marécages. C'était très agréable de ne pas prendre le risque de mouiller ses bottes. Bien sûr, dans cette région il y a des marécages partout.

Je n'avais rencontré personne depuis le matin. Plus tard j'ai entendu dire que plusieurs randonneurs avaient décidé de ne pas entrer dans le Sarek à cause des fortes pluies randaient difficile le passage des gués. Je continuais sur le bon sentier assez longtemps – jetant un coup d'œil à la boussole de temps en temps pour ne pas répéter l'erreur du matin. Puis, tout à coup, le sentier à complètement disparu, il m'a semblé. Devant moi il y avait un très grand marécage. J'ai reculé un peu et j'ai vraiment réalisé que le sentier si large et facile jusque là [bien indiqué] s'arrêtait d'un seul coup.

Quand même – à travers le marécage il y avait des signe indiquants que des hommes avaient probablement passé là, parce que il y avait une rangée de pailles de roseaux courbés. J'en avais déjà vu avant, mais celles-ci étaient plus difficiles à franchir, parce qu'il y avait beaucoup d'eau. A cet endroit il y avait des bonnes palissades de planches sur les marécages, alors quoi? A cause de ces flaques profondes, j'ai enlevé mes bottes et marché pieds nus. Au début j'ai suivi les roseaux jusqu'à quelques pierres au milieu du marécage. A partir de là il n'y avait plus aucun signe pour se diriger. J'ai hâté le pas vers le rivage le plus proche en suivant la bousolle. A un moment l'eau m'est arrivée jusqu'aux genoux, là j'étais vraiment content d'avoir enlevé mes bottes.

Mais miracle! le sentier était là, même s'il était un peu plus étroit. J'ai bientôt noté que les palissades avaient disparu. Plusieurs marécages suivaient. Même s'il était très difficile de suivre au milieu, il restait malgré tout visible. Encore des marécages, puis la terre dure pendent quelques mètres - et d'un seul coup plus de sentier du tout! J'ai cherché et cherché et j'ai essayé pendent dix minute de le retrouver. Le sentier avait été bien visible et puis d'un seul coup plus rien. J'avais déjà perdu le chemin quatre fois où je n'ai PAS voulu le reperdre encore une fois, et il m'a fallu renoncer.

Alors je me suis mis à me battre contre les arbres, les branches et les buissons. J'étais fâché avec le sentier parce qu'il avait disparu et avec moi-même parce que j'avais perdu ce chemin important. Selon la carte il suivait maintenant le torrent Rapaädno et j'ai donc orienté la boussole dans cette direction. Je marchais vite à travers les arbres, les buissons et les marécages pour gagner le grand torrent. Enfin j'ai trouvé le sentier - et je ne l'ai plus perdu. Les palissades de planches sur les marécages étaient revenues. Maintenant il ne restait que deux obstacles, deux torrents à traverser.

Le 7ième gué ne paraissait pas très difficile et aurait été facile à franchir avec des hautes bottes, mais il était trop profond pour mes bottes de randonneur. Je n'avais pas envie de les enlever encore une fois. Il y avait des pierres en travers, mais hélas! elles étaient très petites, peu nombreuses et prètes à rouler. Certaines étaient sous l'eau. J'avancais prudemment de l'autre côté avec seulement les doigts de pied agrippés aux pierres en tenant fermement mes bâtons. Mais la dernière pierre a glissé et une de mes chaussure est devenue encore plus mouillée. Je ne comprends pas pourquoi, j'étais tellement prudent!

Le peut-être 8ième gué était trop profond même pour les hautes bottes. Est-que je pouvais utiliser les bouleaux tombés, qui s'allongeaient à travers le torrent? J'ai utilisé mon bâton de gauche, placé le plus loin possible, pour maintenir mon équilibre sur le premier arbre tant qu'il me soutenait(?). A droite il y avait un petit arbre et un peu plus loin, à droite, un gros arbre. J'ai testé la solidité du petit arbre avec l'autre bâton mais il s'enfonçait dans l'eau. J'ai donc voulu sauter sur le gros arbre, mais une branche m'en a enpeché. J'ai alors décidé de m'appuyer très legèrement sur le petit arbre. Et ensuite très vite avec le pied gauche j'ai attiré sur le gros arbre et retrouvé l'équilibre. J'ai donc pu effectuer la traversée sans problème. J'ai quand même regretté qu'il n'y avait pas quelqu'un pour prendre une photo!

Je suis arrivé au bout du sentier et au bout du Sarek à 3 heures de l'aprês-midi et j'ai été obligé d'attendre le bateau pendant deux heures. Il y avait beaucoup de moustiques à cet endroit. C'était très énervant avec tous les bourdonnements, mais il me semblait que les piqûres ne m'irritaient pas. Le bateau a traversé le delta de Rapa jusqu'à la côte sud du lac Laitaure. De là le plus grand GR de Suède, Kungsleden ("Le sentier du roi"), continue vers le sud. Moi, j'ai marché encore une bonne heure, jusqu'à ce que tous les membres de mon corps se refusent à continuer. Pour une fois, je leur ai obéi. Cette journée avait été très dure.

Jour 6: J'ai dormi DIX heures pendant la nuit! Normalement je dors six heures et demi ou sept. J'étais donc sûrement très fatigué. Aujourd'hui, par contre, ce serait facile avec seulement 19 kilomètres à parcourir - selon un ami qui l'avait déjà fait - sur un chemin souvent emprunté et bien entretenu, n'est pas? Mais pas du tout! Il n'y avait aucune journées faciles pour moi pendant ce parcours. Ça n'a pas été long avant que je ressente la fatigué d'hier. Je savais qu'il faudrait bientôt monter une petite montagne, et voilà, la montagne est apparue. Après ça le sentier montait et descendait sans arrèt toute la journée. En plus, il y avait des cailloux sur la route presque partout. Non, ceux qui entretiennent le sentier n'enlèvent pas les cailloux! Déjà fatigué, je marchais beaucoup moins vite sur les cailloux pour ne pas glisser. Là où il n'y en avait pas, j'arrivais à aller beaucoup plus rapidement en laissant mes bras et mes bâtons me pousser en avant. Assez tôt j'ai décidé de dormir dans l'auberge des randonneurs pour y profiter du comfort et de la nourriture d'un restaurant.

Je pensais que la distance diminuait très lentement. L'explication est arrivée quand j'étais à la moitié du chemin. La partie du trajet que j'allais parcourir n'était pas de 19 kilomètres mais de 33 kilometres! Je n'avais jamais dans ma vie parcouru une telle distance à pied en portant un sac-à-dos lourd. Est-ce que j'arriverais à le faire? Maintenant j'étais vraiment, vraiment, impatient d'un vrai lit le soir. En plus, il ne me restait pas beaucoup de nourriture, mais je calculais qu'elle me suffirait peut-être pour le déjeuner le lendemain. Normalement j'amène plus en réserve, mais la balade avait été tellement dure que j'avait mangé plus que prévu. J'ai décide de continuer encore un peu jusqu'à ma limite d'endurance.

Plusieurs heures avant l'arrivée à mon but, il a commencé à pleuvoir et bientôt la pluie est tombé de plus en plus fort. J'entendais l'orage et il y avait des éclairs - et j'étais décider à continuer. J'étais simplement obligé de parvenir jusqu'à l'auberge des randonneurs. Beaucoup plus tard, après presque onze heures de marche, je suis arrivé chancelant à l'hôtel sous la pluie battante.

Conclusion

C'était la randonée la plus difficile à pied que j'avais jamais faite, ce qui m'a étonné. Naturelement, j'ai supposé que j'avais déjà fait "la marche la plus difficile" bien avant, après plus de 26 ans de randonnée. Les marches en Lapponie avant, où j'avais suivi des sentiers normeaux, n'avaient pas du tout été autant ardues (bien que Sarah et moi avions marché beaucoup plus sur des pentes neigeuses l'année dernière). Quand nous laissions parfois le chemin, il s'agissait seulement de suivre la carte et la boussole.

J'ai parlé à plusieures personnes à l'auberge des randonneurs. Un couple avait marché 30 kms aujourd'hui. Ils avaient surmonté les difficultés dans la forêt comme moi, mais probablement encore plus, parce qu'il n'y avait pas du tout de sentier où ils avait marché. Ils croyaient que beaucoup de randonneurs dans le Sarek luttent contre la forêt et les torrents dans les mêmes conditions. Nous étions d'accord que nous nous trouvions au dessus de la limite des arbres et qu'on est obligé de traverser la forêt pour arriver jusque là.

Un autre homme marchait dans un endroit moins fréquenté et il n'avait pas vu une seule personne pendant deux jours. Il avait franchi un gué où l'eau lui arrivait jusque la taille (je suppose que ma randonnée n'était pas tellement difficille malgré tout). Mon ami, qui avait marché trois fois dans le Sarek, s'était attendu à ce que la randonnée soit très difficile. Il n'avait pas voulu me décourager et n'avait donc rien dit!

Des pensées pour l'avenir:
- Je ne devrais probablement pas marcher tout seul quand c'est très difficile et que je suis trop loin du sentier.
- Il faut que je m'achète des nouvelles sandales - et il faut qu'elles soient solidement attachées à mes pieds.